Crédit immobilier : après la hausse de la BCE, faut-il acheter maintenant ou attendre ?
La BCE a relevé ses taux le 11 juin — alors, le crédit immobilier va-t-il redevenir cher ? Pas si vite. En juillet 2026, les taux tournent encore autour de 3,3 % (et sous 3 % pour les meilleurs profils), les banques absorbent la hausse et le marché repart (+10 % de production au 1ᵉʳ semestre). La vraie question pour votre projet : acheter maintenant ou attendre — et comment protéger votre capacité d'emprunt.
Sommaire
« La BCE augmente ses taux, le crédit va flamber. » Le raccourci est tentant, mais faux — du moins pour l'instant. En ce mois de juin 2026, malgré la première hausse des taux directeurs depuis 2023, les banques continuent de prêter à des conditions proches de celles du printemps. Décryptage de la situation réelle, et surtout : ce que ça implique pour votre projet immobilier, que vous hésitiez à acheter ou que vous cherchiez à muscler votre dossier.
À retenir en une phrase
La hausse de la BCE n'a pas (encore) fait flamber le crédit : en juillet, on emprunte autour de 3,3 %, et le marché repart. Si votre projet est mûr, sécuriser un taux fixe maintenant a du sens ; l'essentiel reste de soigner votre dossier et de comparer — les écarts entre banques sont considérables.
Où en sont les taux en juillet 2026
Les chiffres d'abord. En juillet 2026, selon les baromètres de courtiers, les taux moyens s'établissent à 3,17 % sur 15 ans, 3,30 % sur 20 ans et 3,42 % sur 25 ans — quasi stables par rapport à juin (+1 à +2 points de base).1 Et les meilleurs dossiers font bien mieux : en Île-de-France, certains passent sous les 3 % sur 15 ans.1
| Durée | Taux moyen | Meilleurs profils |
|---|---|---|
| 15 ans | 3,17 % | ≈ 2,85 % |
| 20 ans | 3,30 % | ≈ 3,00 % |
| 25 ans | 3,42 % | ≈ 3,20 % |
Repères moyens de juillet 2026 (taux nominal hors assurance) ; les conditions réelles varient selon le profil, la durée et la région. Sources : baromètres de courtiers (Pretto, Crédit Courtier de France, La Centrale de Financement).
Surtout, le marché est reparti : la production de crédit a bondi d'environ 10 % au premier semestre 2026 par rapport à 2025, portée par des banques en conquête commerciale qui se disputent les bons profils.4 On est loin du marché bloqué de 2023.
La hausse de la BCE va-t-elle faire remonter les taux ?
C'est la grande question. Pour y répondre, il faut comprendre ce qui fixe vraiment les taux de crédit. Ce n'est pas directement le taux directeurTaux fixé par une banque centrale qui influence le coût du crédit dans toute l'économie.Voir le lexique → de la BCEBanque Centrale Européenne : institution qui pilote la politique monétaire de la zone euro.Voir le lexique →, mais surtout l'OATObligation Assimilable du Trésor : titre de dette de l'État français, référence des taux fixes.Voir le lexique → à 10 ans, la « boussole » des banques. Or l'OAT a connu un coup de chaud : elle a dépassé 4 % le 20 mai — du jamais-vu depuis 2009 — avant de refluer autour de 3,65 % début juillet.2
La hausse de la BCE du 11 juin pourrait donc, en théorie, pousser les barèmes. Mais deux garde-fous jouent en sens inverse : les banques ont montré qu'elles ne répercutent pas mécaniquement chaque mouvement (elles préfèrent rogner leurs marges pour ne pas casser la reprise), et l'OAT 10 ans s'est stabilisée dans un couloir étroit autour de 3,65 % en juillet, loin de son pic de mai.3 Résultat : en juillet, la stabilité l'emporte. Les experts invitent toutefois à surveiller la rentrée et la prochaine réunion de la BCE, le 23 juillet 2026.4
L'effet concret sur votre capacité d'emprunt
Pourquoi tout cela compte ? Parce que chaque dixième de point pèse sur votre capacité d'empruntMontant qu'un emprunteur peut financer à crédit, compte tenu de ses revenus et de ses charges.Voir le lexique → — c'est-à-dire la somme que vous pouvez emprunter pour une même mensualité. Voici l'effet du taux sur le capital empruntable, pour une mensualité de 1 000 € sur 20 ans :
Concrètement, des taux contenus aujourd'hui préservent votre pouvoir d'achat immobilier. Il y a un an, en juin 2025, les taux moyens dépassaient 3,90 % ; à plus de 4 % en 2024, la capacité d'emprunt était réduite d'environ 25 000 € pour une même mensualité.5 D'où l'intérêt, pour un projet mûr, de sécuriser un taux avant une éventuelle remontée — sans oublier la règle des banques : un taux d'endettementPart des revenus consacrée aux remboursements de crédits, souvent limitée à 35 %.Voir le lexique → plafonné à 35 % (une réforme vers le « reste à vivre » est en débat).6
Acheter maintenant ou attendre ? Le vrai débat
Il n'y a pas de réponse universelle, mais deux logiques qui s'affrontent. À vous de voir laquelle colle à votre situation.
Plutôt acheter maintenant
- Sécuriser un taux fixe encore bas, à l'abri d'une hausse future.
- Profiter d'un marché en reprise mais encore négociable.
- Dans plusieurs villes, les prix baissent : pouvoir de négociation.
- Pertinent si votre projet est mûr et votre dossier solide.
Plutôt attendre
- Les prix pourraient encore reculer si la demande ralentit.
- Laisser le temps de constituer un meilleur apport.
- Risque inverse : un taux plus élevé à la rentrée.
- Pertinent si votre situation n'est pas encore stabilisée.
Le mot des courtiers est sans appel : achetez quand vous êtes prêt — projet clair, situation stable, dossier solide — plutôt qu'en tentant de deviner le « bon moment » du marché. Et rappelez-vous que sur un même dossier, les écarts entre banques sont énormes : le vrai enjeu est d'identifier celle qui veut financer votre profil.10
Comment protéger (et muscler) votre capacité d'emprunt
Soignez votre dossier
Un apport personnelSomme que l'emprunteur finance lui-même, sans recourir au crédit.Voir le lexique → solide, une situation professionnelle stable, une épargne régulière et un « reste à vivre » confortable rassurent la banque et débloquent les meilleures conditions.
Comparez le TAEG, pas le taux affiché
Le TAEGTaux Annuel Effectif Global : coût total d'un crédit (intérêts + frais + assurance), exprimé en pourcentage.Voir le lexique → inclut l'assurance, la garantie et les frais : c'est lui qu'il faut comparer, pas seulement le taux nominalTaux d'intérêt « brut » d'un crédit, hors frais annexes et assurance.Voir le lexique →. Il doit aussi rester sous le taux d'usure, le plafond légal fixé par la Banque de France.7
Faites jouer la concurrence
Mettez plusieurs banques en concurrence, directement ou via un courtier. Sur un même profil, les propositions peuvent varier de plusieurs dixièmes de point — soit des milliers d'euros.
Négociez l'assurance emprunteur
C'est un levier sous-estimé. Grâce à la loi Lemoine, vous pouvez changer d'assurance emprunteurAssurance qui prend en charge le remboursement du crédit en cas de décès, d'invalidité ou d'incapacité.Voir le lexique → à tout moment, sans frais : l'économie peut atteindre plusieurs milliers d'euros sur la durée du prêt.8
Et si je veux investir plutôt qu'acheter ma résidence ?
La pierre ne se limite pas à la résidence principale. Si votre objectif est de faire fructifier un capital, plusieurs voies existent. L'investissement locatif permet d'utiliser le crédit comme effet de levierRecourir à l'emprunt pour investir plus que son capital : il amplifie les gains comme les pertes.Voir le lexique → et de viser un rendement locatifLoyers annuels rapportés au prix du bien : brut avant charges, net une fois les charges déduites.Voir le lexique →, soutenu en 2026 par des dispositifs comme le PTZ élargi ou le dispositif Jeanbrun.9
Sans envie de gérer un bien, la « pierre-papier » (SCPI) ou le crowdfunding immobilier permettent d'investir dans l'immobilier sans crédit ni gestion locative — avec leurs propres risques et leur propre fiscalité, que nous détaillons dans nos fiches.
En résumé
- En juillet 2026, les taux moyens tournent autour de 3,17 % à 3,42 % (15 à 25 ans), à partir de ~2,85 % pour les meilleurs profils.
- La hausse de la BCE du 11 juin est pour l'instant absorbée par les banques (marges, OAT stabilisée) ; une remontée reste à surveiller à la rentrée (prochaine réunion BCE le 23 juillet).
- Le marché repart (+10 % de production au 1ᵉʳ semestre) et les prix baissent dans plusieurs villes.
- Acheter ou attendre dépend de votre situation : un taux fixe sécurisé maintenant protège d'une hausse, attendre peut faire gagner sur le prix.
- Les leviers : dossier solide, comparaison du TAEG, mise en concurrence, et négociation de l'assurance emprunteur (loi Lemoine).
- Un crédit à taux fixe déjà signé n'est pas concerné par la hausse de la BCE.
Questions fréquentes
Les taux immobiliers vont-ils remonter après la hausse de la BCE ?
La hausse du 11 juin 2026 pourrait peser progressivement sur les barèmes, mais en juillet les banques l'absorbent en ajustant leurs marges, et l'OAT 10 ans reste contenue (~3,65 %). Les taux n'ont que légèrement monté (~3,3 %). La prochaine réunion de la BCE, le 23 juillet, sera scrutée.
Faut-il acheter maintenant ou attendre en 2026 ?
Si votre projet est avancé, acheter permet de sécuriser un taux fixe encore bas, protégé d'une hausse future. Attendre peut faire gagner sur le prix (en baisse dans plusieurs villes) mais expose à un taux plus élevé. La bonne réponse dépend de votre situation, pas d'une tentative de timing du marché.
Quel taux de crédit puis-je obtenir en juillet 2026 ?
En moyenne, environ 3,17 % sur 15 ans, 3,30 % sur 20 ans et 3,42 % sur 25 ans (baromètres de courtiers, juillet 2026). Les meilleurs profils passent sous 3 %. Comparez le TAEG (qui inclut l'assurance et les frais), pas seulement le taux nominal, et faites jouer la concurrence.
Comment améliorer ma capacité d'emprunt ?
Soignez votre dossier : apport solide, stabilité professionnelle, reste à vivre confortable, endettement sous 35 %. Comparez les banques (un courtier peut aider), négociez votre assurance emprunteur grâce à la loi Lemoine, et envisagez une durée plus courte pour un meilleur taux.
Mon crédit à taux fixe est-il menacé par la hausse de la BCE ?
Non. Un crédit immobilier à taux fixe déjà signé ne change pas, quelles que soient les décisions de la BCE. Seuls les nouveaux emprunts, ou les prêts à taux variable, sont concernés par une éventuelle remontée.
Sources & références
1 Baromètres de courtiers (juillet 2026)
taux moyens de 3,17 % sur 15 ans, 3,30 % sur 20 ans et 3,42 % sur 25 ans ; quasi stables par rapport à juin (+1 à +2 points de base) ; meilleurs profils sous 3 % (2,85 % sur 15 ans, 3,00 % sur 20 ans).
2 Données obligataires (Pretto, observateurs de marché)
OAT 10 ans à plus de 4 % le 20 mai 2026 (inédit depuis 2009), retour autour de 3,6 % fin mai ; l'OAT sert de référence aux banques pour fixer les taux fixes.
3 BCE / observateurs
hausse des taux directeurs de 0,25 point le 11 juin 2026 (dépôt 2,25 %) ; impact possible mais progressif sur les barèmes, tempéré par le fait que les banques ne répercutent pas mécaniquement chaque mouvement et par la stabilisation de l'OAT 10 ans autour de 3,65 % en juillet ; prochaine réunion de la BCE le 23 juillet 2026.
4 Baromètres de courtiers (Meilleurtaux, juin 2026)
banques absorbant la hausse de la BCE en ajustant leurs marges (stabilité quasi totale en juin) ; production de crédit en hausse d'environ 10 % au premier semestre 2026 par rapport à 2025 ; vigilance recommandée pour la rentrée.
5 Crédit Agricole e-immobilier (juin 2026)
taux moyens supérieurs à 3,90 % il y a un an (juin 2025) ; à plus de 4 % en 2024, capacité d'emprunt réduite d'environ 25 000 € pour la même mensualité ; intérêt de sécuriser un crédit avant une éventuelle remontée.
6 Haut Conseil de stabilité financière (HCSF)
règle d'endettement maximal de 35 % des revenus ; proposition de loi visant à lui substituer le principe du « reste à vivre ».
7 Banque de France
taux d'usure : seuil maximal au-delà duquel une banque ne peut accorder un prêt, fixé chaque trimestre (révisé mensuellement en période de forte variation) ; le TAEG proposé doit lui être inférieur.
8 Loi Lemoine (en vigueur depuis 2022)
possibilité de changer d'assurance emprunteur à tout moment et sans frais ; économies pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros sur la durée du prêt (exemple cité : jusqu'à environ 11 500 € pour un jeune couple sur 25 ans).
9 Dispositifs de soutien 2026
Prêt à Taux Zéro (PTZ) élargi, dispositif Jeanbrun pour l'investissement locatif, maintien de MaPrimeRénov' ; marché porté par les primo-accédants.
10 Pretto (Pierre Chapon)
forte dispersion des conditions entre banques sur un même dossier ; l'enjeu n'est plus seulement le niveau des taux, mais d'identifier la banque qui veut financer votre profil.